Masques sur le visage, ordinateurs allumés, et salles de classe désertées : la pandémie de COVID-19 n’a pas seulement mis le monde à l’arrêt, elle a redistribué toutes les cartes de la formation professionnelle. Les confinements et les frontières fermées ont obligé les entreprises et les écoles à réinventer, dans l’urgence, la façon d’apprendre et de transmettre. Plus question de repousser le virage numérique : il a fallu le prendre, et vite.
Regardons de près comment l’expérience collective de ces derniers mois a bouleversé notre rapport à la formation, avec des effets contrastés selon les secteurs et les profils d’apprenants.
Les effets bénéfiques des formations en ligne
Les formations à distance ont ouvert des possibilités nouvelles à des milliers de personnes. Pouvoir suivre un module depuis chez soi, à minuit ou à l’aube, a transformé le quotidien de bien des salariés et étudiants. Oubliés, les frais de déplacement et les nuits d’hôtel pour assister à un séminaire à l’autre bout du pays : un ordinateur, une bonne connexion et le tour est joué. Cette accessibilité s’est révélée précieuse pour les personnes en zone rurale ou à mobilité réduite.
Autre atout, et non des moindres : la formation en ligne a permis d’individualiser les parcours. Chacun avance à son rythme, pioche dans les ressources complémentaires, affine son apprentissage selon ses besoins. Les formateurs bénéficient d’outils pour observer plus finement la progression de chaque participant, ajustant méthodes et contenus en temps réel. Ce suivi personnalisé, difficile à mettre en place en présentiel avec des groupes parfois très hétérogènes, devient ici plus naturel.
Les revers du tout-numérique
Mais derrière l’écran, tout n’est pas si simple. Beaucoup ont découvert la difficulté de rester motivé face à des modules en ligne dépourvus de chaleur humaine. L’absence d’échanges spontanés, le sentiment d’isolement, le manque d’interactions directes : autant de défis qui pèsent sur l’engagement des apprenants. À cela s’ajoutent les galères techniques, plateforme qui rame, micro qui grésille, connexion qui saute au moment crucial.
Certains domaines résistent mal à la numérisation. Impossible de manipuler un mannequin médical ou de réaliser une expérience de chimie complexe via webcam. Les métiers manuels, la médecine, l’ingénierie nécessitent des équipements, des gestes précis, des retours immédiats qui ne s’improvisent pas à distance. Quant au réseautage, le fameux “après-cours” où tout se joue parfois, il reste difficile à recréer dans le virtuel.
Quelles perspectives pour la formation professionnelle ?
Face à l’urgence, entreprises et établissements ont dû adopter la formation à distance, accélérant une mutation qui semblait inévitable. L’avenir de la formation s’annonce hybride : l’enrichissement des formats numériques séduit par sa souplesse et son coût réduit, tandis que le besoin d’échanges en présentiel demeure, notamment dans les filières nécessitant de la pratique ou une forte dimension collective.
Pour certains secteurs, des sessions sur site resteront la norme. La transmission de gestes techniques ou la construction d’un esprit d’équipe ne se digitalisent pas du jour au lendemain. Pourtant, la tendance est là : la part du distanciel progresse, et l’offre s’élargit sur tous les fronts.
Des formats inédits pour répondre à de nouveaux usages
Ce bouleversement a donné naissance à toute une palette d’outils et de méthodes. Les plateformes de e-learning ont explosé, proposant une diversité de modules, gratuits ou payants, dans tous les domaines imaginables. S’ajoutent les visioconférences, qui permettent de retrouver un semblant d’interactivité en temps réel, même à plusieurs fuseaux horaires de distance.
Pour illustrer ce basculement, citons quelques innovations qui s’imposent dans la formation professionnelle :
- La réalité virtuelle et la réalité augmentée : elles plongent l’apprenant dans des situations de travail simulées, idéales pour s’entraîner à des gestes techniques ou à la gestion de crise.
- Les serious games, ou jeux pédagogiques, qui transforment l’apprentissage en expérience ludique, favorisant l’ancrage des connaissances.
- La formation hybride, qui combine des séances en présentiel avec des modules à distance, pour une flexibilité sans sacrifier le collectif.
Concrètement, un chef de chantier peut aujourd’hui suivre une initiation à un nouveau logiciel sur tablette, avant de manipuler l’outil en conditions réelles lors d’une session en groupe. Une infirmière pratique des gestes techniques en réalité virtuelle, puis échange avec ses pairs lors d’ateliers en petit comité. Ce brassage des formats multiplie les opportunités d’apprendre, sans s’enfermer dans un modèle unique.
À y regarder de près, la crise a fonctionné comme un accélérateur. Sous la contrainte, nous avons exploré des solutions autrefois réservées à quelques pionniers, et certaines se sont imposées durablement. L’apprentissage en ligne, les visioconférences, les technologies immersives et les jeux pédagogiques occupent désormais une place de choix dans l’arsenal de la formation professionnelle.
On l’aura compris : la formation post-pandémie ne ressemblera plus tout à fait à celle d’hier. Si l’écran reste un passage obligé pour beaucoup, les moments de partage en présentiel gardent toute leur valeur. Ce nouvel équilibre, mouvant et inventif, dessine une formation à l’image de notre époque : flexible, connectée, mais toujours humaine. La suite ? Elle s’écrira dans les salles de classe, les salons virtuels, et partout où l’on aura soif d’apprendre, ensemble ou à distance.

