« Hé, petit homme ! » « C’est en fait une fille. »
« Le garçon ne veut-il pas entrer dans le vestiaire avec vous ? « Non, la fille est juste contente de ça. »
« Votre fils est souriant, baigné de soleil ! » « C’est ma fille. »
« Oh, désolé ! » « C’est très bien », je leur assure.
Emma ne fait généralement pas attention au problème. Ou si vous attachez, au moins il ne dira rien. Parfois, il me regarde à nouveau avec un regard espiègle sur son visage et lève un doigt sur ses lèvres. Il secoue légèrement la tête et couvre son amusement. Nous avons un petit secret en commun.
Le secret, c’est qu’elle est en fait une fille. Il ressemble juste à un garçon.
« C’est bon », dis-je. Mais ce n’est pas vraiment vrai. En même temps, je ressens un désir de protection, d’embarras et même de honte.
Et j’ai particulièrement honte que la situation me met mal à l’aise.
Emma ne porte pas de robes colorées, ne collectionne pas les serre-têtes à paillettes et ne réclame pas de ballerines roses. Dans la cour de récré, elle court avec les autres, grimpe, se roule par terre, indifférente aux codes vestimentaires qu’on tente parfois de lui coller. Les vêtements qu’elle choisit ? Jeans, sweats larges, baskets bien ancrées au sol, rien qui ne crie « féminin » au premier regard. Et alors ? Est-ce vraiment un problème ?
À travers le regard des autres, ce sont des cases qui se dessinent : ici, la petite fille modèle, là, le garçon manqué. Mais la réalité ne tient pas dans deux tiroirs. Chercher son style quand on est une fille, c’est souvent naviguer entre des injonctions contradictoires : être jolie mais pas trop voyante, affirmée mais sans heurter, à la mode sans tomber dans l’excès. Le vestiaire féminin regorge de pièges et de raccourcis, et ce n’est pas une question d’âge.
Pourtant, s’habiller, ce n’est pas simplement enfiler un habit. C’est choisir ce qui nous ressemble, affirmer ce qu’on veut montrer ou cacher, s’approprier son image. À force de chercher la bonne « façon de s’habiller », on finit par oublier la question de fond : à qui veut-on vraiment plaire ? À soi, d’abord, ou au regard des autres ?
Si l’on veut sortir de ces impasses, il faut parfois oser bousculer les attentes, explorer, se tromper, changer d’avis. Pour celles qui doutent encore, voilà quelques pistes concrètes à explorer pour ajuster son style sans sacrifier ce qui fait sa singularité :
- Essayez différents vêtements, même ceux qui ne semblent pas faits pour vous, juste pour voir ce que cela fait. Parfois, un simple accessoire change tout.
- Observez ce qui vous attire spontanément dans les boutiques ou sur les autres, et demandez-vous ce qui vous plaît réellement, au-delà de la norme ou de la mode du moment.
- Ne négligez pas le confort. Rien n’éteint plus vite la confiance qu’un pantalon qui serre trop ou un tissu qui gratte toute la journée.
- Entourez-vous de personnes qui respectent vos choix, même s’ils déroutent ou surprennent. Les regards qui jugent en disent plus long sur eux que sur vous.
Emma, elle, a choisi pour l’instant d’être à l’aise dans ses baskets. Elle sourit quand on la prend pour un garçon, puis elle file jouer, sans demander la permission d’incarner ce qu’elle ressent. Le style, finalement, c’est cette liberté tranquille : celle de ne pas avoir à s’excuser de qui on est, ni de ce que l’on porte. Et si c’était ça, la vraie élégance ?

