18,3 %. C’est le pourcentage du revenu disponible que les ménages français ont décidé de mettre de côté en 2023, d’après l’INSEE. Pendant ce temps, la consommation a marqué le pas comme jamais depuis la pandémie, freinée par une inflation tenace qui a grignoté le budget des foyers.
À l’horizon 2025, les prévisions dessinent une croissance qui repart, mais sans éclat. Tout dépendra des choix faits par les ménages : épargner ou consommer ? Les économistes gardent l’œil sur ces deux curseurs, conscients que leur évolution pourrait durablement changer la physionomie de l’économie française.
Où en est l’économie française à l’aube de 2025 ?
La France avance sur un terrain mouvant, avec une croissance qui reste mesurée. Les derniers chiffres de l’INSEE font état d’un PIB en hausse de 0,8 % pour 2024 : la cadence est lente, surtout en comparaison avec la moyenne européenne, et bien loin du rythme affiché par les États-Unis ou la Chine. La Banque de France partage ce constat : l’activité a du mal à retrouver sa vigueur d’avant-crise, freinée par des tensions géopolitiques persistantes et le poids de l’inflation.
Durant le troisième trimestre, la croissance française a encore ralenti. L’INSEE met en avant une stagnation de l’investissement productif, une consommation intérieure qui ne décolle pas et des exportations à la baisse. Du côté industriel, la concurrence allemande se fait plus rude et la hausse des tarifs énergétiques pèse lourd sur les marges. Les services, longtemps moteur du PIB, montrent des signes d’essoufflement, que ce soit dans le transport ou le commerce.
Quelques signaux positifs émergent cependant. Selon la Banque de France, un léger rebond pourrait se profiler au premier semestre 2025, porté par la capacité de résistance des entreprises françaises et une inflation qui devrait s’atténuer. Mais la trajectoire à venir dépendra surtout des choix des ménages et des entreprises, partagés entre la prudence et l’envie d’investir. La France s’avance dans une période incertaine, où il faudra naviguer entre l’urgence du court terme et la nécessité de réformes plus profondes.
Épargne des ménages : un moteur ou un frein pour la croissance ?
Jamais depuis la crise sanitaire les ménages français n’avaient autant épargné. D’après l’INSEE, le taux d’épargne oscille autour de 17,5 % du revenu disponible, un niveau rarement atteint en dehors des périodes de choc. Ce réflexe, né d’une incertitude persistante, s’est installé dans la durée. Beaucoup préfèrent renforcer leur patrimoine financier plutôt que de consommer à court terme.
Dans ce climat, les produits d’épargne réglementés séduisent : livrets A, LDDS, assurance-vie (notamment en fonds euros) et fonds d’investissement connaissent un regain d’intérêt. Les encours déposés sur les livrets A et LDDS dépassent désormais les 550 milliards d’euros. De son côté, l’assurance-vie ne faiblit pas : plus de 1 900 milliards d’euros y sont investis, principalement sur des supports sécurisés.
Voici les principales options d’assurance-vie qui attirent aujourd’hui les épargnants :
- Fonds euros : ils offrent une sécurité appréciable, un rendement modéré et une liquidité sans surprise.
- Unités de compte : ici, la volatilité augmente, mais le potentiel de rendement suit, avec une exposition directe aux marchés financiers.
Cette montée de l’épargne, si elle rassure les ménages, pèse en revanche sur la consommation : la demande intérieure stagne, ce qui freine la reprise. Pourtant, ce stock d’épargne pourrait devenir un atout pour l’économie, à condition d’être mobilisé vers le financement des entreprises. Le débat reste entier : doit-on encourager la dépense ou orienter l’épargne vers l’économie réelle ? Les choix individuels entre prudence et engagement pèseront lourd dans la dynamique française des prochains mois.
Consommation : quelles perspectives pour soutenir l’activité économique ?
La consommation des ménages demeure le pilier de l’activité en France. Les chiffres de l’INSEE montrent un léger frémissement depuis le troisième trimestre : +0,2 % après une période de stagnation. Mais ce rebond reste fragile. L’inflation, même si elle ralentit, continue de rogner le pouvoir d’achat. Les hausses touchent l’énergie, le logement et l’alimentation, et modifient les arbitrages quotidiens.
Plusieurs postes de dépenses sont particulièrement affectés :
- Alimentation : les Français réduisent les volumes achetés, même si la pression sur les prix se relâche un peu.
- Transport : la facture énergétique, surtout pour le gaz et l’électricité, limite les déplacements.
- Services publics : les hausses tarifaires accentuent les disparités de consommation.
Dans ce contexte, la dynamique des dépenses reste suspendue à l’évolution du revenu disponible. Les mesures de soutien, comme la prolongation du bouclier tarifaire sur l’énergie, atténuent partiellement les impacts, sans pour autant relancer franchement la machine. Certains secteurs, comme l’information-communication, s’en sortent mieux, mais la tendance générale demeure au ralentissement.
Face à la montée de l’indice des prix à la consommation, la confiance se fait attendre : comment rétablir l’équilibre sans accentuer les déséquilibres ? Beaucoup de ménages privilégient l’épargne, par crainte de l’imprévu. Un retour à une consommation plus dynamique dépendra de la stabilité retrouvée sur les prix et le pouvoir d’achat.
Entre prudence et relance, quels scénarios pour l’économie française ?
La France avance, partagée entre la volonté de relancer l’activité et une vigilance dictée par un environnement incertain. L’exécutif affine sa stratégie budgétaire : la loi de finances pour 2025 table sur une croissance modérée, alors que la volatilité règne chez les principaux partenaires, en Europe comme ailleurs. À l’Assemblée nationale, chaque choix révèle la fragilité de l’équilibre entre soutien à la consommation, investissement public et gestion de la dette.
La Banque de France agit pour maintenir l’accès au crédit. Elle prévoit une reprise lente, freinée par la prudence des entreprises et celle, tout aussi marquée, des ménages. Le dernier trimestre devrait confirmer cette tendance : une croissance atone, dépendante des marges de manœuvre fiscales et d’un retour, même partiel, de la confiance.
Le monde économique reste en alerte. L’emploi tient bon, mais la création de nouveaux postes ralentit. Certains secteurs, industrie, construction, attendent des mesures ciblées pour surmonter la faiblesse de la demande. L’impact de la crise sanitaire s’efface peu à peu, mais la tentation de la prudence domine toujours dans la gestion des risques. Les débats budgétaires, eux, continuent de façonner un horizon économique où l’incertitude reste, pour l’instant, le seul point fixe.


